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Par JF Maquiné le 28 Avril 2010 |    | |
Nous sommes une civilisation de l'écrit depuis plusieurs millénaires. Cela signifie, que nous écrivons non seulement pour communiquer mais aussi pour garder des traces de nos faits, de nos idées, de nos inventions, de nos relations, ... à travers les âges et de génération en génération. En tant que civilisation, l'écriture est plutôt jeune. L'espèce humaine ayant plusieurs centaines de milliers d'années, est d'abord passée par une phase orale, phase qui n'est toujours pas terminée. Ainsi l'écrit et l'oral se partagent le travail de communication entre les êtres humains.
On peut considérer l'écriture comme l'élément technique qui a permis à notre civilisation de progresser aussi rapidement ces derniers millénaires. Mais n'allons-nous pas trop loin dans notre volonté de glorifier ce succès. A l'école l'évaluation des connaissances se fait essentiellement par l'écrit. Ce n'est pas la domination de l'écrit qui pose problème; nous sommes une civilisation de l'écrit; mais l'absence de la communication orale pour l'évaluation. Pourtant nous ne sommes pas tous égaux devant l'écrit.
L'étude de la dyslexie, par exemple, a montré la possibilité que les difficultés pouvaient provenir des fonctions de reconnaissance des formes du cerveau sans impacter les zones cognitives dédiées à la résolution des problèmes ou à la production de nouvelles idées. Ces fonctions sont anciennes et utilisées par le cerveau pour reconnaitre des dangers ou au contraire des éléments amicaux. Cette zone du cerveau est réutilisée pour l'apprentissage de l'écrit. De la compréhension du fonctionnement de cette zone, on détermine quelle méthode d'apprentissage de la lecture est la plus adaptée. La méthode lettre par lettre et non par groupe de lettres se justifie, cette zone semblant préférer les formes suffisamment simples.
Si l'on considère ces découvertes sur la dyslexie comme une hypothèse et qu'on y souscrit, au moins provisoirement, alors on peut envisager que le langage écrit et parlé n'utilise pas (par hypothèse) des zones similaires. On peut aussi considérer que les performances de ces zones sont inégales d'un individu à un autre. Indépendamment des capacités cognitives, beaucoup d'individus manifestent une prévalence pour l'une ou l'autre des formes d'expression. Maintenant au nom de quoi l'écrit prend-il une place si prépondérante dans le système de sélection et exclut-il des individus des fonctions les plus élevées dans les domaines scientifiques ?
On peut aussi voir toute cette histoire de langage écrit / oral différemment. Les difficultés des scientifiques à s'exprimer oralement, en particulier devant un public néophyte, sont connues. Or les scientifiques sont au cœur des défis de notre civilisation et la crise du réchauffement global et la débâcle de la conférence de Copenhague en 2009 en témoigne suffisamment.
Il ne s'agit pas d'opposer ces deux moyens de communication, ce que par ailleurs on fait quand on en exclut un avec autant de force. Le langage écrit est plus personnel, moins sujet à la manipulation des orateurs, il implique normalement de construire un argumentaire selon des schémas aujourd'hui assez bien maitrisés. Il oblige à prendre le temps, ... La connaissance et en particulier scientifique ne peut se passer du langage écrit, mais de là à exclure de manière systématiser le langage oral, on peut s'interroger sur les motivations de certains.
Ma proposition serait de ce type. Une part d'environ 25% des examens seraient oraux pour tous avec un coefficient de même niveau par rapport aux matières écrites. Ceux qui le souhaitent pourront augmenter cette part à 50% de la totalité de leur examen. Aucune mention des choix de proportion écrit/oral ne doit être mentionnée. Les scientifiques devront recevoir des cours et faire des stages obligatoires de présentation de concepts de leur choix au grand public qui les notera et avec qui ils devront avoir une conversation pour voir ce qui pourrait être amélioré dans la communication.
Il existe ce dicton stupide (*), « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». Ce dont a surtout besoin un scientifique moderne c'est d'outils de communication au grand public et d'une compréhension plus globale (imbrication entre les domaines scientifiques, implication socio-politico-économique) des connaissances qu'il acquiert). La connaissance seule ne suffit pas, elle n'a jamais suffit, mais aujourd'hui elle ne suffit plus. Défendre cette position c'est défendre celle de la tour d'ivoire. Vous voulez des scientifiques dans une tour d'ivoire ? Je suis curieux de voir combien il faudra de temps à la populace pour venir la démonter pierre par pierre et pendre ses habitants.
Les scientifiques et ceux qui défendent les sciences ont des responsabilités. Nous devons y faire face, avoir la capacité à reconnaitre nos insuffisances, nos erreurs, et trouver les moyens d'améliorer le tout nous y compris. Comme me le faisait remarquer un ami, d'ici quelques temps les principales ressources de matière première auront disparu ou seront devenues trop rares pour être gaspillé. Le risque d'un retour à la civilisation du bois (le bois ça repousse et c'est inépuisable) est un risque réel. C'est à la science de solutionner comment l'avenir de notre civilisation pourra être assuré, mais ce n'est certainement pas en restant dans une tour d'ivoire et en excluant de manière arbitraire des individus aux capacités différentes. Créativité et intelligence, voilà ce dont nous avons besoin et ce quelque soit le mode d'expression.
(*) A propos de ce diction: Nous devons cette phrase à Alcofribas Nasier. Dans son contexte, elle a un sens lié au développement de la médecine et de la science de son époque, le 16ème siècle. Hors contexte, elle devient trop souvent un étendard pour vilipender les scientifiques et par eux, la science. L'utilisation de dictons vieillot hors de leur contexte d'origine et aussi stupide que le fait de citer un passage de la bible, du coran,... pour expliquer, démontrer son point de vue ou un évènement. Les dictons ont aussi ceci de délicieusement pervers de couper court au débat contradictoire, puisque le débat se focalise sur l'interprétation du dicton et non plus sur l'objet du dicton. Si on ne le faisait, l'énoncé du dicton n'aurait plus d'intérêt. La personne qui l'a déclamé risque d'avoir du mal à y renoncer et cela la pousserait à renoncer au débat contradictoire. |

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Par JF Maquiné le 24 Avril 2010 |    | |
Il existe des chercheurs français qui refusent des primes exceptionnelles liées à la qualité de leurs travaux. Ceux-ci se revendiquent d'une politique de non différenciation des salaires, l'idée étant une vision égalitaire de traitement des salariés. Ce type de concept de société est connu, il est de type socialiste avec une touche d'anarchisme, dans la mesure où un traitement égalitaire poussé à un certain niveau met à mal le principe de hiérarchie. On retrouve aussi des traces de ce type de pensée derrière le refus de certains à évaluer le niveau des élèves.
Ce type de discours est connu et reconnu, mais aujourd'hui il ne s'inscrit plus dans le sillon d'un combat politique, mais comme un déni de réalité. Ce déni est triple : 1) il nie la réalité du fonctionnement des démocraties, 2) il nie l'évolution historique des démocraties et enfin 3) il nie l'existence d'inégalité au sein même des espèces.
1) il y a des milliards d'humains, là à côté de chez nous, qui vivent dans des organisations dont l'un des principes est le mérite. Que ce mérite soit d'ordre culturel (bien travailler à l'école ou tard le soir au travail) ou naturel (beauté, aptitudes physiques, intellectuelles, ...) importe peu au regard de la réalité qu'il crée. Ce n'est pas une réalité imposée de manière arbitraire par un dieu quelconque, elle est le fruit de l'évolution de l'espèce humaine, notre espèce et à preuve du contraire, l'espèce à laquelle appartient ce chercheur. Nier qu'on appartient à un groupe est une chose, mais nier les mécanismes complexes qui nous ont amenés là où nous sommes c'est une négation de la réalité.
2) Avec l'avènement des démocraties et des révolutions industrielles, deux systèmes d'organisation des sociétés se sont opposés. La plupart du temps, ces systèmes revêtaient les atours du capitalisme ou du collectivisme. Il en est ressorti actuellement des démocraties dites sociales tendant à faire la part des choses avec un équilibre des pouvoirs et des richesses. Le système est encore en cours d'évolution, mais les choses ont bien changé, et sous beaucoup d'aspects, évolué positivement. Cette expérience nous a aussi appris beaucoup de choses. Le capitalisme ne produit pas un système financier qui s'autorégule. Les systèmes collectivistes se basent sur un pouvoir hyper-centralisé favorisant à terme l'émergence d'une dictature, ... On n'a pas seulement appris sur les écueils de nombreux systèmes mais aussi sur les systèmes idéalisés qui nécessiteraient des hommes parfaits. Ainsi les taches de deux léopards clonés ne sont pas aux mêmes endroits, l'être parfait en grand nombre n'existera jamais. Il faudra nécessairement une hiérarchie, une police, .. On a aussi appris sur les sociétés animales en particulier qu'elles sont beaucoup plus intelligentes qu'on ne le pensait, le concept d'outils est bien plus répandu chez les animaux ainsi que le transfert de connaissance de l'utilisation de ces outils. Dans cette masse d'observations, on a aussi vu des individus voler la nourriture que d'autres allaient chercher. Bref, défendre un système égalitaire avec tout ce qu'on a appris est une négation des acquis et de l'histoire de nos sociétés. Mais évidemment si on estime au plus profond de soi qu'on n'appartient pas à cette société, on peut inventer l'histoire qu'on veut.
3) Nous ne sommes pas que culture, il existe une part importante de naturelle, d' 'innée en nous. Au cours du 19ème et 20ème siècle on a même minimisé la part naturelle pour soutenir des discours philosophiques et politiques. Cela était permis à cause de l'insuffisance de nos connaissances scientifiques, mais de gros progrès ont eu lieu. Génétiquement nous ne sommes pas égaux devant les problèmes de santé. Nous ne sommes pas égaux devant intelligence, les enfants précoces sont une réalité, qu'encore trop souvent le corps enseignant fait payer très cher. L'étude des sociétés animales nous a appris beaucoup sur la nôtre. Dans la plupart d'entre elles, il existe des individus qui tentent de profiter des autres.
Mais l'absence d'égalité stricto sensu n'est pas une faiblesse, c'est une richesse de la diversité de l'espèce humaine. Même si nous pouvions tous être des clones, ça serait une erreur scientifique terrible pour l'avenir de notre espèce. La structure de nos démocraties s'est imprégnée de cette diversité et il faut reconnaitre qu'il y a des traits culturels dont la structure même de nos sociétés entretient l'inégalité entre les individus. Mais avant d'affirmer que même cela est un mal qu'il faut corriger, il faut prendre en compte le concept d'équilibre. Lorsque vous introduisez sur une île, une espèce qui va consommer trop de ressources alimentaires des espèces locales et que 50 ans plus tard vous y placez un prédateur à l'espèce que vous introduisîtes pour rétablir l'équilibre vous omettez l'équilibre naturel de la faune qui a pu se créer.
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Par JF Maquiné le 24 Avril 2010 |    | |
Pour terminer et plus simplement, il faut accepter l'idée que nos démocraties ont développé des mécanismes complexes d'auto-équilibrage, prenant en compte la diversité des personnes qui en font partie. Il faut aussi, et de toute urgence, dire aux vieilles idées que si elles n'ont pas pris en compte l'énorme quantité d'expériences et de nouveaux concepts que nos démocraties ont produites, alors elles doivent comprendre qu'elles se sont transformées en des idéologies.
Nos sociétés européennes ont intégré de nombreux concepts provenants de groupe divers. La dénomination de démocratie sociale rend justice au combat d'hommes et de femmes en particulier au début du XXème. Aujourd'hui, nos sociétés alternent les groupes politiques d'obédiences différentes en ordre parfait sans accro pour la démocratie. Donc a priori ce que dit ce chercheur semble s'intégrer dans un cadre politique et historique reconnu. Malheureusement non car le monde a évolué.
Ce bon chercheur fait tout simplement un déni de réalité, et en refusant la prime affirme que la société dans laquelle il vit n'est pas la sienne. Il ajoute une phrase assez classique pour les personnes ayant un point vue qu'on peut qualifier d'incohérent de nos jours au regard des évolutions de notre compréhension du monde et des sociétés tant humaines qu'animales "Je ne me berce pas d'illusions d'un monde égalitaire".Les mécanismes de cette phrase sont de trois ordres. Le premier est que l'aspect anodin et a priori non agressive de la forme, ne prêterait pas à une réplique ou si la réplique existe elle desservirait son auteur et la personne à l'origine de cette phrase pourrait toujours rétorquer qu'on a détourné ses propos, qu'on va trop loin, ... Le second est le terme d'illusion qui ici attire une certaine sympathie à l'égard des rêveurs et d'une forme d'utopie d'un monde parfait. Ceux-ci cachent généralement le dédain et/ou l'agressivité de la pensée réelle. D'ailleurs l'illusion n'est elle-même qu’illusion car en refusant la prime, il tente de pratiquer une forme égalitaire dans les faits. Pour lui il n'y a pas illusion, il est convaincu qu'on peut le faire, au mépris du reste. Pour lui il n'envisage qu'une seule société pour les siècles à venir, une société égalitaire ou rien, dans le sens il se moque de ce que les hommes pourront construire si ça ne correspond pas à son objectif. On arrive finalement au trois, qui est le fond de sa pensée à savoir, qu'il a raison et que les autres ont tort. Le problème n'est pas qu'il dissimule le fond de sa pensée dans une phrase anodine, mais qu'il n'offre aucun point de rencontre entre sa vision du monde et le monde qui l'entoure. Et la raison est simple, il n'en veut pas.
Je dois à présent m'expliquer sur deux choses. Pourquoi je considère la réaction de ce chercheur comme stupide, et la seconde pourquoi ma diatribe parait aussi agressive envers des phrases ayant l'apparence d'une simple expression d'avis. Lorsqu'on avance dans la vie, on rencontre ou l'on nous raconte des situations où des personnes très intelligentes font ou disent des énormités ou se font avoir par d'autres de manière bête et cela peut se répéter sauf dans leur domaine d'application. Ce paradoxe est exploré par la psychologie. Deux éléments semblent ressortir actuellement. Le premier est l'intelligence qui, pour s'exercer, à besoin de données et que celle-ci s'acquiert. Un scientifique de premier rang dans son domaine est bon, car il a aussi passé une grande partie de son temps intellectuel dans son domaine, mais peut être un parfait imbécile quand il s'agit d'autres sujets complexes ou simples. Le second est le concept de rationalité. Des personnes très intelligentes peuvent être à bonne dose irrationnelles. Il existe des tests de rationalité, mais ni les tests de QI ni la scolarité n'en tiennent compte. Cette évaluation de la rationalité n'a pas encore fait ses preuves mais des scientifiques travaillent sur le sujet.
La seconde, est que certaines idées courantes reposent sur un socle d'hypothèses communes à la plupart des personnes appartenant à un groupe (ici la société française ou des démocraties occidentales). Nous avons tous des concepts en commun, en exprimant une idée qui se base sur eux, on peut se permettre de faire une économie de communication et donner l'impression d'une simplicité de l'idée. Lorsque l'on bat en brèche ce type d'idées, non seulement on doit détailler la sienne ce qui prend du temps mais en plus on doit redécomposer les éléments fondateurs de l'idée que l'on combat en rappelant souvent les éléments délicats que le collectif tend à taire (ce qui est normal). Ce n'est pas nécessairement simple à comprendre alors voici un exemple. Deux hommes politiques sont invités à une émission télé pour exposer leur projet. Le premier est classique et s'exprime en ½ heures. Le second remet tout le concept de civilisation sur la table citant 340 philosophes, 223 savants sur 6000 ans d'histoire et génère des processus mentaux inconnus nécessitant 23440 heures d'explications. A votre avis qui va-t-on apprécier le plus ? Ou de qui va-t-on se méfier ? Quasiment tous les processus communs de raisonnement et les concepts qu'ils produisent étaient complexes avant d'être assimilé par le groupe et simplifié par soucis d'optimisation des communications au sein des membres de ce groupe. Croyez-vous que le principe de religion monothéiste était simple, la démocratie simple ? L'expression de la surface des terrains pour la résolution des partages d'héritage?
L'erreur que l'on commet et que commet ce scientifique c'est qu'on ne remet pas l'ouvrage sur le métier avec les connaissances nouvelles et les concepts nouveaux qu'acquiert le groupe tout en continuant à utiliser les anciens comme si rien n'avait changé. Le déni de réalité est aussi celui de l'évolution de notre environnement tant matériel, organisationnel que conceptuel.
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